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La licence morale que s’octroient certains militants de gauche

Certaines personnes s’autorisent à exclure, discriminer ou détruire socialement au nom du bien. Cette licence morale est un danger pour l’égalité réelle.

La licence morale que s’octroient certains militants de gauche

Certaines discriminations ne se présentent pas comme des discriminations.

Elles se présentent comme une défense du bien.
Comme une vigilance morale.
Comme une protection du groupe.
Comme une lutte contre un danger supposé.
Comme une manière de préserver des valeurs.
Comme un acte nécessaire contre quelqu’un que l’on a décidé de rendre infréquentable.

C’est précisément ce qui les rend dangereuses.

Car lorsqu’une personne se croit du bon côté de l’histoire, elle peut finir par s’autoriser ce qu’elle prétend combattre : l’exclusion, la déshumanisation, la sanction sociale, la discrimination professionnelle ou la destruction symbolique d’un adversaire.

Cette tentation existe dans tous les camps politiques. Aucune famille idéologique n’est naturellement immunisée contre l’intolérance, le sectarisme ou la volonté de faire taire. Mais dans le débat public contemporain, elle prend souvent une forme particulière chez certains militants de gauche : celle d’une licence morale.

Par licence morale, il faut entendre cette permission intérieure que certains s’accordent pour traiter injustement une personne, au motif qu’elle serait du mauvais camp, qu’elle penserait mal, qu’elle serait suspecte, dangereuse, impure ou incompatible avec les valeurs proclamées.

Le paradoxe est brutal : au nom de l’égalité, certains justifient l’exclusion.
Au nom de la tolérance, certains imposent l’intimidation.
Au nom de la lutte contre les discriminations, certains discriminent.
Au nom de la justice sociale, certains acceptent la mort sociale de leurs adversaires.

C’est cette contradiction qu’il faut regarder en face.

Quand la morale devient un permis d’exclure

La morale peut être une force nécessaire dans la vie publique.

Elle permet de dénoncer l’injustice, de refuser l’humiliation, de défendre les plus faibles, de rappeler que certaines pratiques ne sont pas acceptables. Sans exigence morale, la lutte contre les discriminations elle-même n’aurait aucun sens.

Mais la morale devient dangereuse lorsqu’elle cesse d’être une exigence envers soi-même pour devenir une arme contre les autres.

À partir de ce moment, elle ne sert plus à élever le débat. Elle sert à distribuer les permis de parler, de travailler, d’exister socialement.

Certains ne discutent plus les arguments : ils classent les personnes.
Ils ne répondent plus aux idées : ils disqualifient les profils.
Ils ne contestent plus une position : ils cherchent à rendre impossible la présence sociale de celui qui la porte.

La personne visée n’est plus un contradicteur. Elle devient un problème à neutraliser.

Cette logique produit un climat inquiétant.

On ne demande plus : “Cette personne est-elle compétente ?”
On demande : “Est-elle des nôtres ?”
On ne demande plus : “A-t-elle commis une faute ?”
On demande : “Peut-on l’associer à un camp jugé mauvais ?”
On ne demande plus : “Ses actes justifient-ils une sanction ?”
On demande : “Sa présence nous dérange-t-elle moralement ?”

C’est ainsi que la discrimination politique peut se déguiser en prudence, en hygiène sociale ou en défense des valeurs.

La fabrication de l’infréquentable

La licence morale fonctionne souvent par une étape préalable : la fabrication de l’infréquentable.

Avant d’exclure quelqu’un, il faut d’abord le rendre excluable.

On ne dit pas seulement qu’il a tort.
On dit qu’il est dangereux.
On ne dit pas seulement qu’il pense différemment.
On dit qu’il menace le groupe.
On ne dit pas seulement qu’il appartient à un autre camp politique.
On dit qu’il est moralement incompatible avec l’espace commun.

Cette opération est puissante, car elle dispense de la preuve.

Une fois l’étiquette posée, la personne n’est plus jugée sur ses actes, ses compétences, son travail ou son comportement réel. Elle est jugée sur ce qu’elle représente dans l’imaginaire de ceux qui la condamnent.

Elle devient un symbole.

Et lorsqu’une personne est réduite à un symbole, on peut lui faire subir des choses que l’on n’assumerait peut-être pas face à un individu concret.

On peut refuser sa candidature.
On peut bloquer sa carrière.
On peut propager des soupçons.
On peut demander son exclusion.
On peut justifier son isolement.
On peut expliquer qu’il était “nécessaire” de ne pas l’accueillir.

La violence devient acceptable parce qu’elle est présentée comme défensive.

C’est exactement le mécanisme de la licence morale : se donner le droit de mal agir parce que l’on pense agir contre le mal.

Le problème n’est pas le désaccord politique

Une société démocratique doit accepter le désaccord politique.

Critiquer des idées est légitime. Combattre un programme est légitime. Dénoncer des propos est légitime. Refuser une vision du monde est légitime.

Le pluralisme n’oblige personne à tout approuver.

Mais il y a une frontière essentielle entre combattre une idée et discriminer une personne.

On peut contester un engagement politique.
On ne peut pas priver quelqu’un d’un emploi pour ses opinions politiques réelles ou supposées.
On peut refuser une position idéologique.
On ne peut pas organiser la mise au ban sociale d’une personne sur la base d’une étiquette.
On peut dénoncer des propos précis.
On ne peut pas inventer ou amplifier des soupçons pour justifier une exclusion.

Le droit français protège d’ailleurs les opinions politiques contre la discrimination. Ce n’est pas un hasard. Une démocratie sait que la liberté politique n’a aucun sens si une opinion légale peut coûter un emploi, une carrière, une réputation ou une place dans la société.

La protection contre la discrimination politique n’existe pas pour les opinions confortables. Elle existe précisément pour les opinions qui dérangent.

Sinon, elle ne sert à rien.

Une gauche qui trahit parfois ses propres principes

La gauche politique s’est historiquement construite autour de principes forts : défense des travailleurs, égalité, refus de l’arbitraire, protection des plus faibles, critique des dominations, lutte contre les discriminations.

Ces principes sont respectables.

Mais certains militants, certaines institutions ou certains milieux culturels qui se réclament de cette tradition en ont parfois inversé le sens.

Ils ne défendent plus l’égalité comme règle commune.
Ils la réservent à ceux qu’ils reconnaissent comme moralement légitimes.
Ils ne combattent plus l’arbitraire.
Ils l’exercent contre ceux qu’ils estiment indignes de protection.
Ils ne dénoncent plus seulement les discriminations.
Ils décident quelles discriminations méritent d’être vues et quelles victimes peuvent être ignorées.

Cette sélection morale des victimes est profondément dangereuse.

Elle signifie qu’une personne discriminée n’est pas défendue en fonction du droit ou des faits, mais en fonction de sa place supposée dans une hiérarchie idéologique.

Si elle appartient au bon groupe, elle mérite écoute, soutien et réparation.
Si elle appartient au mauvais camp, son exclusion devient compréhensible, parfois souhaitable.

À ce moment-là, la lutte contre les discriminations cesse d’être un principe universel. Elle devient un instrument politique.

L’indignation sélective détruit la crédibilité du combat antidiscriminatoire

Un combat contre les discriminations ne peut pas être crédible s’il devient sélectif.

On ne peut pas défendre l’égalité seulement lorsque la victime nous ressemble.
On ne peut pas invoquer le droit seulement lorsque le discriminant appartient au camp adverse.
On ne peut pas dénoncer l’exclusion sociale tout en se réjouissant de celle d’un adversaire politique.
On ne peut pas condamner la stigmatisation tout en fabriquant soi-même des figures infréquentables.

Cette contradiction affaiblit tout le combat antidiscriminatoire.

Elle donne l’impression que la discrimination n’est plus un interdit commun, mais une arme disponible selon les circonstances. Elle installe l’idée que ce qui est scandaleux contre certains devient acceptable contre d’autres.

Or un principe n’a de valeur que s’il résiste à l’épreuve du cas difficile.

Défendre la liberté d’expression pour ceux avec qui l’on est d’accord ne coûte rien.
Refuser la discrimination contre ceux que l’on apprécie est facile.
Protéger les droits d’une personne socialement approuvée ne demande aucun courage.

Le véritable test commence lorsque la personne concernée dérange.

La discrimination politique comme angle mort

La discrimination politique est l’un des grands angles morts du débat public.

Elle est pourtant reconnue par le droit. Les opinions politiques figurent parmi les critères protégés. Une personne ne peut pas être écartée d’un recrutement, sanctionnée, licenciée ou défavorisée professionnellement pour ses opinions politiques réelles ou supposées.

Mais dans les faits, cette discrimination est souvent minimisée.

Lorsqu’elle vise une personne associée à une opinion impopulaire dans un milieu donné, certains ne la voient même plus comme une discrimination. Ils la perçoivent comme une conséquence normale, presque méritée.

C’est ici que la licence morale agit pleinement.

Elle transforme une atteinte au droit en sanction sociale acceptable.
Elle transforme une exclusion professionnelle en mesure de protection.
Elle transforme une discrimination politique en réaction “compréhensible”.
Elle transforme une victime en coupable de sa propre mise à l’écart.

Ce renversement est particulièrement violent.

Car la personne discriminée doit alors lutter sur deux fronts : prouver les faits et prouver qu’elle mérite encore d’être protégée par les principes communs.

Le danger pour les institutions

La licence morale devient encore plus grave lorsqu’elle pénètre les institutions.

Une opinion militante, dans le débat public, peut être contestée par d’autres opinions. Mais lorsqu’une administration, un employeur, une école, une association subventionnée, une collectivité ou un organisme parapublic se met à raisonner en termes d’acceptabilité idéologique, le problème change de nature.

Une institution n’est pas censée fonctionner comme un groupe militant.

Elle doit appliquer des règles, respecter des procédures, évaluer des compétences, justifier ses décisions, garantir l’égalité de traitement.

Si elle commence à écarter des personnes parce qu’elles dérangent politiquement, parce qu’elles ne correspondent pas au climat idéologique dominant, ou parce qu’elles risquent de susciter l’hostilité de certains acteurs internes, alors elle abandonne sa neutralité.

Elle devient partie prenante d’un tri politique.

C’est particulièrement inquiétant dans le monde professionnel, car l’emploi conditionne l’existence sociale.

Exclure quelqu’un d’un débat est déjà grave.
L’exclure d’un emploi, d’une carrière ou d’un revenu est d’une autre nature.

Ceux qui discriminent ne se voient pas toujours comme des discriminants

L’un des aspects les plus difficiles à comprendre est que certaines personnes qui discriminent ne se perçoivent pas comme telles.

Elles sont convaincues d’agir pour le bien.

Elles pensent protéger une équipe.
Elles pensent éviter un risque.
Elles pensent défendre des valeurs.
Elles pensent empêcher une menace.
Elles pensent préserver une institution.
Elles pensent tenir une ligne morale.

Mais l’histoire montre que beaucoup d’injustices commencent précisément lorsque des personnes ordinaires se persuadent qu’elles sont autorisées à maltraiter quelqu’un au nom d’un objectif supérieur.

La discrimination n’a pas toujours besoin de haine explicite.

Elle peut naître de la peur, du conformisme, de la lâcheté, de la pression du groupe ou du désir d’être du bon côté.

C’est pourquoi il faut juger les actes, pas seulement les intentions affichées.

Une décision peut être discriminatoire même si celui qui la prend se raconte qu’il est vertueux.

Refuser la vengeance, refuser la naïveté

Critiquer la licence morale ne signifie pas inverser le sectarisme.

Il ne s’agit pas de prétendre que la gauche serait par nature discriminatoire, ni que les autres camps seraient innocents. Tous les milieux politiques peuvent produire leurs propres formes d’exclusion, d’intimidation et d’hypocrisie morale.

Mais il faut pouvoir nommer une dérive lorsqu’elle existe.

StopDiscrim ne doit pas remplacer une indignation sélective par une autre. Le but n’est pas de créer un espace de vengeance idéologique. Le but est de rappeler un principe simple : personne ne devrait pouvoir s’autoriser une discrimination au nom de sa propre supériorité morale.

Ni la gauche.
Ni la droite.
Ni le centre.
Ni une administration.
Ni une entreprise.
Ni une association.
Ni un groupe militant.

La lutte contre les discriminations n’a de sens que si elle vaut pour tous.

Conclusion

La licence morale est l’un des mécanismes les plus dangereux de l’exclusion contemporaine.

Elle permet à des personnes convaincues d’être justes de pratiquer l’injustice. Elle transforme le désaccord en suspicion, la différence politique en faute, l’adversaire en menace, l’exclusion en geste vertueux.

Lorsqu’elle touche au monde professionnel, elle peut produire des effets destructeurs : carrière bloquée, recrutement empêché, réputation abîmée, revenus perdus, isolement social.

Le problème n’est pas de débattre durement. Une démocratie vivante suppose des conflits, des désaccords, des critiques, parfois des oppositions frontales.

Le problème commence lorsque le désaccord devient un permis d’exclure.

Une société libre ne peut pas fonctionner si chacun réserve les droits fondamentaux à son propre camp. La protection contre les discriminations doit rester un principe commun, ou elle devient une simple arme politique.

C’est précisément pour cela que StopDiscrim existe : rappeler que l’égalité ne se choisit pas à la tête du client, que le droit ne dépend pas de la popularité d’une opinion, et qu’aucune cause, même présentée comme morale, ne donne le droit de détruire socialement une personne.

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